Samedi 19 Mai 2012
   
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Lettre au Président Frantz Gumbs

georges gumbs

Monsieur le Président, 

Les événements de ces derniers jours n’ont pas manqué de retenir toute notre attention et de susciter tant une réflexion qu’une observation plus intense de notre part sur la situation saint-martinoise.

Ces événements font ressortir que la situation actuelle relève davantage d’un état de crise interne qui met en péril ou en tout cas, rend très difficile, une administration saine et adaptée de notre collectivité. En conséquence, il nous a semblé utile de vous alerter.

Permettez, Monsieur le Président, que nous fassions un bref retour en arrière.

Le 07 décembre 2003, nous avons choisi d’évoluer dans une voie nouvelle, celle tracée par l’article 74 de la Constitution et le statut de collectivité d’outre-mer.

Le débat statutaire n’était pas alors, une question nouvelle à Saint-Martin. Toujours est-il que ce statut a suscité à l’époque, une intense réflexion des élus, des milieux sociaux professionnels et de l’ensemble de la population.

La souplesse offerte par l’article 74 et par la loi organique qui entérine le changement statutaire, avait créé en nous la conviction qu’ils permettraient une adaptation des politiques publiques aux réalités locales de notre collectivité.

Pour réussir ce nouveau départ, le Conseil Economique, Social et Culturel (CESC) de Saint-Martin avait proposé un nouveau contrat de confiance portant, entre autres, sur l’aménagement et le développement durable. Cette proposition, nous vous l’avions faite sur le fondement des dispositions de la Loi organique de Saint-Martin selon laquelle, le CESC, en sa qualité d’institution de la Collectivité, participe à l’administration du territoire.

Nous avions vivement espéré que vous valideriez la proposition d’élaborer ensemble un « Projet de Pays », dans lequel chacun d’entre nous se serait impliqué pour garantir la réussite des dispositions nouvelles qui seraient mises en place.

Avec l’avènement de la nouvelle Collectivité d’Outre Mer (COM) de Saint-Martin, il était urgent que naisse un nouveau et vrai discours politique, lucide et pragmatique, qui traduise une véritable volonté de changement et un exercice rénové de la démocratie locale.

Il a toujours importé, et au regard de la réalité de ces derniers jours, il importe encore davantage aujourd’hui que l’ensemble des citoyens, des forces politiques, syndicales, socioprofessionnelles, redécouvrent la réalité d’un contexte social, sans complaisance et sans esprit partisan, sans tentative de récupération.

Il s’agit toujours de construire une communauté nouvelle et solidaire qui puisse assurer son avenir et son développement. Ce travail de lucidité, ce travail d’analyse et de vérité ne pouvant s’inscrire que dans une ouverture démocratique qui fait appel à toutes les volontés, à toutes les compétences…

SAINT-MARTIN doit être l’œuvre de toute la communauté !

A la lumière de notre analyse du contexte actuel, votre gouvernance a failli dans sa réflexion sociologique et politique ; il s’est refusé de procéder à un exercice d’introspection et de vérité, et en conséquence il a démontré qu’il est incapable de dégager une recomposition sociale, un choix politique, un choix de développement en opposition au clientélisme et au discours partisan…Cependant, c’est bien à nous, institutions de la COM, qu’il revient d’initier avec le concours de la communauté saint-martinoise toute entière, la construction d’une société ouverte, solidaire et tolérante.

Monsieur le Président, en régime parlementaire, ce qui fait la force d’un gouvernement, même local, c’est qu’il est un organe collégial et solidaire composé de membres sous l’autorité de celui qui a en charge le pouvoir exécutif.

Mais force est de constater que la collégialité semble faire sérieusement défaut au sein de votre gouvernement et votre leadership n’a pas su établir la relation de confiance qui aurait dû exister entre vous, Président de l’Exécutif et la majorité des membres du Conseil Territorial de Saint-Martin .... Chacun semble y aller de sa propre science.

La pression monte de plus en plus au sein du gouvernement local de la COM… Le spectre de l’éclatement ou, pire encore, d’un remaniement plane au dessus de l’équipe en place… L’impression qui ressort de tout ce qui se dit et qui peut se lire c’est que votre majorité est au bord de la crise de nerfs !… L’ambiance y est de plus en plus chaude !…

Vu du CESC, c’est un peu « panique dans la fourmilière » qui se joue en ce moment au sein de la majorité présidentielle… Tout le monde s’agite, court dans tous les sens, décoche des coups de pied au passage, mais sans grande direction d’ensemble…

Quel sens doit-on donner aux actions entreprises et menées à exécution par des membres de votre gouvernement et de votre majorité ?

Ces membres de votre gouvernement local se voient régulièrement, ne sont pas tous sur le même crédo mais ils cultivent leur compagnonnage…

Ce que nous trouvons d’intéressant à observer, c’est qu’ils posent plusieurs conditions à la pérennité de votre action. Et nous vous faisons remarquer, au passage, qu’ils réclament surtout un mode de fonctionnement plus collectif de ladite majorité gouvernementale… Avec un parti redynamisé, une gouvernance resserrée, et une majorité engagée… Ils réclament également des engagements sur le fond, en relevant que toujours l’écart entre le discours politique et la réalité fait monter les extrêmes…

Monsieur le Président, vous me passerez l’expression, mais ça ressemble quand même à une petite leçon de choses politique, non ?

Pour reprendre une expression entendue dans les médias ces derniers temps à propos du Président de la République, Monsieur Nicolas Sarkozy, comme lui vous semblez être le dos au mur, en ce moment…

Le CESC est l’expression de la société civile saint-martinoise dans sa diversité et dans sa complexité. En tant qu’institution de la COM il se doit d’exprimer le besoin de citoyenneté qui va au-delà des échéances électorales et bien que n’avons eu cesse de vous le dire et de le répéter au travers de nos avis, vous et ce que vous appeliez votre majorité gouvernementale, a toujours fait fi de nos remarques. En voilà le résultat aujourd’hui !

En effet, le citoyen ne doit pas être seulement appelé à exercer son droit de vote à intervalles réguliers. Il veut également participer de manière permanente aux processus décisionnels. La non participation crée des sentiments de déception et d’impuissance. Elle laisse le citoyen seul face à des mutations qui bouleversent son quotidien. Elle autorise les tentations démagogiques et incite à la recherche de boucs émissaires.
Faites attention, Monsieur le Président, car pire encore, elle devient vite l’alliée du conservatisme moral et social et ouvre la porte au populisme, au racisme et à la xénophobie.

Dans un contexte général où les pratiques claniques sont d’autant plus redoutables qu’elles peuvent s’appuyer sur des consensus sociaux avec des citoyens se laissant prendre au piège des allégeances, où il semble de plus en plus évident que des pratiques clandestines alimentent depuis trois ans et quelques mois, des logiques d’affrontement qui tournent le dos au développement de la citoyenneté et de la démocratie, le CESC constate avec une certaine amertume et un regret certain, que la société civile est tenue à la marge de la Cité.

Monsieur le Président, Saint-Martin a besoin de développement pour rattraper certains retards et faire progresser la justice sociale mais aussi parce qu’une société qui ne se développe pas est appelée à se dissoudre dans d’autres ensembles humains au détriment de la diversité culturelle et sociétale qui caractérise notre collectivité.

Pour prendre son essor, Saint-Martin ne peut être l’affaire que de certains.
Pour autant, faire évoluer Saint-Martin dans le contexte mondial actuel ne signifie pas lui imposer la politique nationale. Une politique qui produit peut-être des richesses impressionnantes mais qui génère dans le même temps toujours plus de déséquilibres, d’inégalités économiques, sociales et territoriales au plan local. Simplement parce qu’elle fait dépendre l’avenir des hommes et de notre collectivité de décisions prises sous la pression d’impératifs financiers et commerciaux qui n’ont aucune considération pour les contraintes et les réalités de la COM de Saint-Martin.

Tout en restant dans la République, Saint-Martin peut si Saint-Martin veut, s’inventer un autre développement, à la fois durable, solidaire et démocratique. Pour cela notre territoire dispose d’un véritable pouvoir politique qui lui permet de contenir la raison économique et de réactualiser son projet de pays conformément aux enjeux de la réalité caribéenne et de la mondialisation.

Votre majorité lézardée est à nos yeux la preuve incontestable que vous avez failli quand il s’est agit de savoir qui doit décider.
La réponse est bien évidemment la collectivité territoriale, après une nécessaire concertation avec ses différents partenaires institutionnels. La réponse n’était pas la majorité au gouvernement local.

Vous vous êtes également trompé quant à la réponse à la question : Qui doit coordonner et mettre en œuvre dans une configuration telle que la notre ?
Par vos agissements, Monsieur le Président, vous et votre majorité avez démontré que vous n’avez toujours pas compris que la réponse c’est le CESC.

Monsieur le Président, le CESC est une institution, un outil politique par sa composition, son organisation, un outil technique et fédérateur par ses compétences et ses prérogatives qui englobent et unifient celles éclatées aujourd’hui entre les divers intervenants que vous avez prévu et« organisé » ; un outil technique par sa mission de mise en synergie, pour le compte de la collectivité, de l’ensemble des autres initiatives publiques.

Le CESC, doit être vu par vous comme étant un outil opérationnel en charge de mettre en œuvre la participation active des acteurs de terrain à la définition des politiques locales, contribuant ainsi à une meilleure démocratie. Le CESC, est un outil capable de porter au plus haut niveau les revendications des acteurs dans tous les domaines, qui n’ont jamais pu, en l’absence de porte-parole officiellement reconnu pour les représenter, s’exprimer d’une voix autorisée.
Ce devrait être le CESC, un organisme représentatif de l’éventail des secteurs d’activité et soutenu par une administration adaptée, soucieuse et capable de dynamiser leur espace. Le CESC, un organisme que tous les acteurs insulaires réclament en espérant sincèrement qu’il contribuera à construire un avenir de paix et un développement harmonieux fondé sur l’identité d’une population désireuse de s’ouvrir de plus en plus à la Caraïbe et au reste du monde.

Monsieur le Président, la réalité de Saint-Martin, impose qu’enfin elle soit valablement inscrite dans la constitution française en qualité de nouvelle collectivité d’outre-mer dans le cadre de l’article 74.

Notre réalité impose également la mise en concordance des structures et des moyens. Les guerres intestines qui ont rythmées votre gouvernement depuis juillet 2007 ont eu pour conséquence qu’aujourd’hui notre collectivité n’a de bases ni définies, ni consolidées,qu’elle n’est pas dotée en moyens directement associés à des objectifs consignés et poursuivis.

La mise en place de l’infrastructure, de l’organisation administrative, économique et sociale dont Saint-Martin a besoin afin de rendre réalisable le projet Saint-Martinois n’a jamais eu lieu jusqu’à présent.

Le choix de la population de Saint-Martin au moment de la consultation était fondé. Il était basé sur une appréciation des tenants et aboutissants des potentialités que renfermait ce projet d’évolution. Il était fonction des orientations qui pourraient y être définies et des engagements que l’on pourrait rendre fermes et réalistes.

La démarche de l’assemblée que je préside, bien qu’elle vise à vous mettre en garde, nous la voulons prudente, réfléchie et responsable. Elle reste pour nous la seule qui puisse garantir une évolution équilibrée et juste de la société saint-martinoise.

C’est sur ces bases qui respectent les fondements de notre République : EGALITE, FRATERNITE, LIBERTE, que Saint-Martin pourra prétendre à la stabilité et à la cohésion sociale, garantes de son développement.

Monsieur le Président, je crois que l’heure est grave et que l’heure est à la décision….

En notre qualité d’institution de la Collectivité d’Outre Mer de Saint-Martin, il nous a semblé qu’il était de notre devoir de susciter la réflexion qui permettrait de redonner du sens à un projet que nous avons tous appelé de nos vœux.

Nos institutions ont besoin de retrouver du crédit aux yeux de la population. Nos institutions ont besoin d’être génératrices de confiance et productrices de sérénité sociale. Nos institutions se doivent d’être les moteurs d’une bonne gouvernance engagée dans un projet au service du bien commun. C’est pourquoi, le CESC de Saint-Martin par le biais de cette lettre, invite le Président du Conseil Territorial de Saint-Martin, à revoir ses modes opératoires au risque de ne pas être en mesure de poursuivre son action jusqu’au terme du mandat qui lui avait été initialement consenti.

Nous nous tenons à votre entière disposition afin de vous rencontrer, à votre convenance, pour en débattre plus longuement si vous en ressentiez le besoin.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre considération très distinguée.

Le Président du CESC,
Georges GUMBS.


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Honourable President,


The events of these last days have called us to attention and caused us to reconsider and keenly observe the actual condition of the Community of Saint-Martin for what it is.

These events emphasize the true condition of the country at this time and highlight the internal state of crisis that puts in danger or in any case, makes very difficult, a healthy and adapted administration of our community. Consequently, it seemed useful that the Advisory Council for economic, social and cultural affairs, as an institution of this community, alerts you.

It always mattered, and in light of the present reality, it matters even more today that all of the citizens, the political stakeholders, the trade-unions, the business community, rediscover the reality of a social context, within which favouritism and party politics do not rule.

In the light of our analysis of the current context, your governorship failed in its sociological and political observation; it refused to proceed to an exercise of introspection and truth,and consequently it showed that it is unable to release a social recombining, a political choice or option, a choice of development that is not solely about friendships and favouritism… However, it remains the duty of the institutions of the COM,assisted by the whole Saint-Martin community, to construct an open, interdependent and tolerant society.

We are forced to take note that the collegial structure that should be the backbone of your government, is seriously lacking and your leadership has thus far been unable to establish a relationship of trust between the members of your government…. Each man seems to be doing his/her own thing!

The pressure is building up more and more within the local government of the COM… The spectrum of an explosion or, worse still, of a reshuffling hovers over the team in government… The impression which comes from all that can be read or heard clearly indicates that your majority is at the edge of a nervous break down! …

Lately, members of your government have laid down conditions for your action to become perennial. They all seem to wish for a more collective operating process of the aforesaid the governmental majority… with a redynamized party, a tightened governorship, and a committed majority… They claim engagements on essential matters, and note that the variation between the political discourse and reality causes extremes to rise… Mr.President, it seems that your back is against the wall…

In a general context where the clannish practices are all the more frightening as they can be based on social consensuses with citizens letting themselves be caught in the trap of allegiances, where it appears that for the past three years and months, clandestine practices have fed logics of confrontation which turn their back on the development of citizenship and democracy, the CESC notes with a certain bitterness and an unquestionable regret, that the civil society is held with the margin of the City.

By your actions, Mr. President, you and your majority showed that, even at this point you do not understand that the answer to many of your questions should have been the Advisory Council for economic, social and cultural affairs or CESC.

Mr. President, the CESC is an institution, a political tool by its composition, its organization, a technical and federating tool by its competences and its prerogatives which include and unify the scattered services and system you have chosen to set up instead; The CESC is a technical tool which has been established to design a synergy, on behalf of the whole community. The CESC is an operational tool in charge of implementing the active participation of stakeholders while defining local policies, thus contributing to a better democracy. The CESC is a tool able to take to the highest level the claims of the stakeholders in all fields, especially those which never could do so, in the absence of an officially assigned spokesperson recognized as their representative. The CESC, Mr. President is an organization representative of all the sectors of industry and supported by an adapted, concerned and able administration in charge of reinforcing their activities. The CESC is an organization that all the stakeholders on the island ask for as the one that will contribute to build a future of peace and a harmonious development based on the identity of a population eager to open more and more to the Caribbean and to the rest of the world.

Mr. President, the reality of Saint Martin demands to be validly recorded in the French constitution in its capacity as new overseas community within the framework of article 74.

Our reality also imposes that a proper coordination be set between the structures and the means allocated to them. Instead, your government has been given over to internal wars since July 2007 and that’s the reason why today our community still lacks defined and consolidated bases and it is not equipped in means directly associated to consigned and pursued goals.

To this day, there has been no infrastructure installed, no real administrative, economic and social organisation set in place which Saint Martin needs in order to make feasible the Country project.

The choice of the population at the time of the consultation was founded. It was based on an appreciation of the potentialities that this project of evolution contained. It was based on the orientations which should have been defined in the country project and founded on engagements which we should have made concrete and realistic by now.

Today, the step taken by the assembly which I chair, although it aims at warning you, we have worded it so as to make it careful, thoughtful and responsible. Yet, it remains for us the only way to guarantee a balanced and just evolution of the Saint-Martin society. It holds in high regards the principles which found our Republic: EQUALITY, FRATERNITY, FREEDOM, which are the only way for Saint Martin to claim stability and social cohesion as guarantors of its development.

Mr. President, I believe that the hour calls for serious pondering and consideration. It is time you come to a decision….

Our institutions need to find new credit in the eyes of the population. Our institutions need to generate confidence and produce social serenity. Our institutions must be engines of a good governance engaged in a project to serve the community at large. This is why, the CESC of Saint Martin by means of this letter, invites the President of the Territorial Council of Saint Martin, to re-examine his procedures or else to run the risk of not being able to continue this term of the mandate for which he had been initially elected.

We remain at your complete disposal in order to meet and further discuss this matter, at your convenience.

With regards,

 

The President of the Advisory Council for economic, social and cultural affairs (CESC)
Georges GUMBS